L'art islamique traditionnel, riche et diversifié, est profondément enraciné dans les principes du Coran et de la Sunnah. Cet article explore comment les savants musulmans ont défini les limites et les expressions de l'art, mettant en lumière l'importance de la beauté et de la créativité tout en préservant l'unicité divine (Tawhid) et en évitant l'idolâtrie. Il détaille les formes d'art permises et leur signification spirituelle.
INTRODUCTION
L'Islam, une religion de beauté et d'équilibre, a toujours encouragé l'appréciation de l'esthétique et de l'harmonie, des attributs inhérents à la création divine. Allah (SWT) dit dans le Saint Coran :
> "Dis : « Qui a interdit les belles parures d'Allah, qu'Il a produites pour Ses serviteurs, et les bonnes nourritures ? » Dis : « Elles sont destinées à ceux qui ont cru, dans la vie présente, et exclusivement à eux au Jour de la Résurrection. » Ainsi exposons-Nous clairement les versets pour les gens qui savent." (Sourate Al-A'raf, 7:32)
Ce verset souligne la permissibilité et même l'encouragement à jouir des bonnes choses et des beautés que Dieu a créées pour l'humanité, y compris celles que l'homme produit de ses propres mains en accord avec les préceptes divins. L'art, sous ses diverses formes, est une manifestation de cette appréciation et de cette créativité innée chez l'être humain. Cependant, l'art en Islam n'est pas une expression sans limites ; il est guidé par des principes éthiques et théologiques profonds qui visent à glorifier le Créateur et à éviter toute forme d'associationnisme (shirk).
Cet article se propose d'explorer la vision de l'art islamique traditionnel à travers le prisme des savants musulmans, en se basant sur les fondements coraniques et prophétiques. Nous examinerons les formes d'art qui ont prospéré dans le monde musulman, telles que la calligraphie, l'arabesque et les motifs géométriques, tout en abordant les nuances concernant la représentation des êtres animés. Notre objectif est de présenter une compréhension complète et nuancée de l'art en Islam, respectueuse des diverses interprétations savantes.
FONDEMENTS CORANIQUES
Le Coran, source première de la législation islamique, ne contient pas de versets explicites interdisant ou autorisant directement l'art dans sa globalité. Cependant, il établit des principes fondamentaux qui ont façonné l'éthique et l'esthétique islamiques. Le concept de Tawhid, l'unicité absolue d'Allah, est au cœur de cette éthique. Tout ce qui pourrait potentiellement conduire au shirk, c'est-à-dire l'association de partenaires à Allah dans Son adoration ou dans Ses attributs divins, est strictement interdit.
Plusieurs versets coraniques mettent en garde contre l'idolâtrie et la fabrication d'idoles, ce qui a eu une influence majeure sur la perception de la représentation figurative en Islam :
> "Ô vous qui avez cru ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées (les idoles) et les flèches de divination ne sont qu'une abomination, œuvre du Diable. Écartez-vous-en, afin que vous réussissiez." (Sourate Al-Ma'idah, 5:90)
Bien que ce verset se réfère spécifiquement aux idoles adorées, il a été interprété par certains savants comme une mise en garde générale contre tout ce qui pourrait, même indirectement, mener à l'idolâtrie ou diminuer la grandeur d'Allah. La capacité de créer des formes vivantes est un attribut divin exclusif, comme le rappelle le Coran :
> "C'est Lui Allah, le Créateur, Celui qui donne un commencement à toute chose, le Façonneur. A Lui les plus beaux noms. Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre Le glorifie. Et c'est Lui le Puissant, le Sage." (Sourate Al-Hashr, 59:24)
Ce verset souligne qu'Allah est "Al-Khaliq" (le Créateur) et "Al-Musawwir" (le Façonneur). L'imitation de la création d'Allah, en particulier la représentation d'êtres dotés d'une âme, a été perçue par de nombreux savants comme une tentative de rivaliser avec cet attribut divin, ce qui est considéré comme grave en Islam.
Cependant, le Coran célèbre également la beauté et l'ordre de la création d'Allah, encourageant la contemplation et l'appréciation de Ses signes :
> "Nous avons certes placé dans le ciel des constellations et l'avons embelli pour ceux qui regardent." (Sourate Al-Hijr, 15:16)
> "N'ont-ils pas observé la terre, combien Nous y avons fait pousser de toutes sortes de nobles couples de plantes ?" (Sourate Ash-Shu'ara, 26:7)
Ces versets, parmi d'autres, inspirent les artistes musulmans à puiser dans la nature et ses motifs abstraits pour créer des œuvres qui reflètent la perfection et l'harmonie divines sans tomber dans l'imitation des êtres animés. La calligraphie, par exemple, qui est l'une des formes d'art islamique les plus vénérées, est directement liée à la parole d'Allah, le Coran, et exprime la beauté de Sa révélation. Le Coran lui-même, en tant que miracle littéraire et esthétique, a inspiré des générations d'artistes à magnifier sa forme et son message.
HADITH ET SUNNAH
La Sunnah du Prophète Muhammad (ﷺ) fournit des clarifications essentielles sur les principes coraniques et a joué un rôle déterminant dans la formation de l'art islamique. Les hadiths abordent spécifiquement la question de la représentation figurative (taswir).
Plusieurs hadiths authentiques mettent en garde contre la création d'images d'êtres animés (dhawat al-arwah), c'est-à-dire d'êtres dotés d'une âme, tels que les humains et les animaux.
Anas ibn Malik a rapporté que le Prophète (ﷺ) a dit :
> "Ceux qui font ces images seront châtiés le Jour de la Résurrection, et il leur sera dit : 'Donnez vie à ce que vous avez créé !'" (Sahih Bukhari 5951, Sahih Muslim 2107)
Aisha (que Dieu l'agrée) a également rapporté :
> "Le Prophète (ﷺ) est rentré chez moi et j'avais accroché un rideau avec des images [d'êtres animés]. Dès qu'il l'a vu, son visage a changé. Il l'a arraché et a dit : 'Les gens qui seront le plus sévèrement châtiés le Jour de la Résurrection sont ceux qui imitent la création d'Allah.'" (Sahih Bukhari 5957, Sahih Muslim 2107)
Ces hadiths sont la base de l'interdiction de la représentation figurative d'êtres animés dans l'art islamique, en particulier les images qui pourraient être vénérées ou qui tentent d'imiter la capacité de création d'Allah. Les savants ont interprété cela comme une interdiction de la création d'images tridimensionnelles (statues) et bidimensionnelles (peintures, dessins) de créatures vivantes, surtout si elles sont complètes et claires. L'objectif principal de cette interdiction est de fermer la porte à toute forme d'idolâtrie ou de shirk, et de réaffirmer l'unicité d'Allah en tant que Seul Créateur.
Cependant, la Sunnah offre également des nuances et des exceptions. Par exemple, il y a des récits où le Prophète (ﷺ) a permis des poupées pour les jeux d'enfants, comme le hadith de Aisha jouant avec des poupées (Sunan Abi Dawud 4932). Cela a conduit certains savants à distinguer entre les images qui sont vénérées ou glorifiées et celles qui sont purement pour le jeu ou la décoration sans intention d'idolâtrie. De même, les images incomplètes ou celles sans traits distinctifs clairs (par exemple, un corps sans tête ou des figures stylisées) ont parfois été considérées comme permises par certains juristes, car elles ne ressemblent pas pleinement à la création d'Allah ni ne peuvent être adorées.
L'accent mis par l'Islam sur la propreté, la beauté (jamāl) et l'excellence (ihsan) se reflète également dans la Sunnah. Le Prophète (ﷺ) a dit :
> "Allah est Beau et aime la beauté." (Sahih Muslim 91)
Ce hadith est souvent cité pour justifier l'embellissement des mosquées, des manuscrits du Coran et d'autres objets du culte ou de la vie quotidienne, tant que cela reste dans les limites de la Sharia. C'est dans cet esprit que les formes d'art non figuratives, telles que la calligraphie islamique, les motifs géométriques complexes et les arabesques, ont prospéré. Elles permettent l'expression artistique et la glorification d'Allah sans franchir les lignes rouges de l'idolâtrie ou de l'imitation de la création divine. L'architecture islamique, avec ses dômes, ses minarets et ses ornements, en est un exemple frappant, offrant des espaces de contemplation et de prière d'une grande beauté.
PERSPECTIVES DES SAVANTS
La question de l'art en Islam a été longuement débattue par les savants (oulémas) à travers les siècles, menant à diverses interprétations qui, bien que parfois différentes sur les détails, convergent sur les principes fondamentaux.
Le consensus (ijma) parmi la majorité des savants classiques est l'interdiction des représentations d'êtres animés (humains et animaux) dotés d'une âme, surtout si ces représentations sont destinées à être vénérées ou si elles sont considérées comme complètes et réalistes. Cette interdiction est principalement basée sur les hadiths mentionnés précédemment, craignant l'associationnisme (shirk) et l'imitation de la création divine. Des figures éminentes comme l'Imam An-Nawawi, Ibn Hajar Al-Asqalani et d'
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